BIO

LEMI GAHRIOKWU « University of Kalakuta » Peintre illustrateur autodidacte né à Lagos, au Nigeria, Lemi Ghariokwu développe dans les années 70 une sensibilité artistique qui va l’amener à devenir témoin et non moins illustrateur d’une contestation sociale qui allait faire date. Sa carrière démarre en 1974 lorsque le journaliste Babatunde Harrison repère ses dessins accrochés dans un bar à Lagos. Parmi eux figure la copie de la pochette de Roforofo Fight, un des albums de Fela Kuti, le père fondateur de l’Afrobeat. Impressionné, il l’emmène directement chez le musicien, qui reste subjugué par le trait expressif de Lemi. Une riche collaboration artistique démarre dès lors avec Alagbon Close, toute première pochette réalisée, où on y voit un Fela Kuti faisant torpiller un navire de police grâce à une baleine, sensée symboliser le combat de Fela pour la liberté. L’impact visuel ne laissera personne indifférent et contribuera à renforcer la relation entre les deux artistes. Le fait que Ghariokwu ait pu voir l’évolution de Fela sur scène tout en restant proche de son intimité, a sans doute contribué à constituer un terreau fertile pour le développement de ses idées : il illustrera, entre 1974 et 1978, vingt-six de ses soixante-dix-sept albums. A mi-chemin entre une narration factuelle et fictionnelle, ses pochettes dressent une véritable iconographie de la contestation sociale par le prisme de l’illustration et de la caricature. Couleurs vives, photomontages, assemblages de texte et de dessin, confèrent à ces œuvres un dynamisme formel, constituant dès lors un redoutable pendant visuel à la liberté de pensée prêchée par Fela Kuti. Car ce n’est pas seulement dans les textes des chansons qu’est divulgué le message de l’Afrobeat. Les pochettes d’albums deviennent également de véritables manifestes de contestation et de dénonciation d’un pouvoir politique miné par la corruption. En pleine tourmente, Lemi Ghariokwu vit et commente, aux côtés de Fela, une situation nigériane plus que désastreuse : « Les deux pochettes d’album « No Bread » et « Kalakuta Show » illustrent les propos corrosifs que Fela tenait dans ses disques : « No Bread » était une peinture à l’huile qui montrait un mélange de malaises sociaux infestant un pays en voie de développement (…)« Monsieur Inflation est en ville » était un des avertissements du tableau. » Malgré la gravité du contexte, les créations de Lemi sont loin de tomber dans la révolte haineuse sans appel. C’est armé d’un humour cinglant que le peintre s’approprie les textes de Fela pour en faire sa version condensée, intégrée dans un visuel décapant : « Si vous regardez bien toutes les pochettes, dit Lemi, je n’ai pas illustré mot pour mot les paroles, mais parfois j’ai pris un proverbe populaire et j’ai fait une illustration fondée là-dessus. Généralement, j’illustre seulement de mon propre point de vue, comme si j’étais une troisième personne qui essayait de représenter ce que dit Fela. Cela venait naturellement. » Dans les années ‘80, sa collaboration avec Fela Kuti prend fin, mais il gardera de ces années formatrices, que le peintre lui-même nomme « University of Kalakuta », un savoir-faire lié à l’industrie musicale – il concevra plus de 2000 pochettes d’albums (Bob Marley, E.T Mensah, Osita Osadebe, Gilles Peterson, Miriam Makeba, Antibalas…), ainsi qu’une expression picturale spontanée toujours sensible aux contextes politiques environnants et à la cause des africains dans le monde.

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